Nous sommes le jour qui vient – qui monte – de cette nuit première. Nous sommes la peur et la joie d’être plus vivants que les morts. Nous sommes ce qu’il faudra anéantir – et effacer – pour que demeure ce qui nous échappe – ce qui nous élève et nous rapproche de notre vrai visage. Nous sommes les fleuves, l’océan et le poème. Le vent qui cingle les visages et la pluie qui gorge les sols de la terre. Nous sommes la vie, le temps et les moissons abondantes. Nous sommes la faim – et le rien que dessine la main sur le sable et les destins. Nous sommes l’orage et le miracle. Nous sommes les larmes, les bêtes et les hommes. Nous sommes le rire et ces grands arbres que l’on abat pour passer l’hiver. Nous sommes les fleurs et le soleil posés au milieu de l’infortune. Nous sommes l’esprit, l’âme, les merveilles et la richesse – et la figure des mal-lotis. Nous sommes ce qu’un seul poème – et des milliers de livres – ne suffiraient à décrire. Nous sommes la langue et ce qu’elle cherche à travers ses dérives – ses excès – ses silences. Nous sommes Dieu – le monde – et tout ce qui les peuple et les entoure. Nous sommes le voyage, les voyageurs et tous les chemins – et la route que nous avons oubliée depuis trop longtemps pour nous reconnaître…