Nous évoquions, t'en souviens-tu, la confiance et la malice dans nos regards tournés vers le monde – et chavirés, parfois, par les siècles. Et ce goût pour le silence dans nos étreintes. Et cette joie du partage que frôlaient nos rêves communs. Et cette écriture penchée sur la table parmi les livres. Et nos lèvres appliquées à l'Amour qui souriaient devant tant de solitude...

La terre alors n'était qu'un mythe dont nous dévorions les tranches et distribuions les miettes de nos mains jointes en prière. Et ce bleu, à présent, comme une trace laissée par notre ultime désir de vivre – ensemble – l'éternité...

Nous regardions, t'en souviens-tu, le blanc des arabesques, entendions des voix, jouions avec le vent et les souvenirs, bercions cette tendresse innée au milieu des jours, brisions nos vies contre l'immonde et l'incertitude – et dispersions nos larmes sur l'indifférence des pierres...

Nous étions si vivants – si fragiles – et si curieux face à tout ce qui nous échappait. Et Dieu sait que notre volonté était grande – immense – incommensurable presque – de défier le temps et la mort, d'exalter le passage furtif des saisons pour vivre un Amour – et un printemps – éternels... Et, à présent, nous voilà rassemblés pour quelques instants – pour quelques heures peut-être – sur cette page que nous aurons écrite ensemble – main dans la main – âme au plus proche de ce qui, autrefois, nous avait échappé. Comme un parfum de fête dans tout ce que nous aurons réussi à briser. Une joie dans la course – une lumière sur le monde. Et le silence au fond de nos âmes brisées par tant de solitude – posant, à présent, notre main sur tous les franchissements sans recourir à la nécessité des choses. Comme le présage d'une empreinte à venir – le sillage fragile de nos années – le souffle de l'infini sur nos horizons si dérisoires. Au plus près de la source et de la lumière...