Nous voyons le jour. Le ciel, le sable, la terre. Juchés au-dessus de l’abondance des siècles – le front arc-bouté contre le temps. La main prolongeant le cœur – et la parole, le silence – sensibles aux frémissements des berges et à cette eau qui coule parmi les élans et les rêves. Enchantés du noir au fond des écorces et de cette lumière suspendue à la mémoire...

Sans âge, couverts d’humus, de songes et de choses. Corps impudiques exhibant l’Amour. Et parmi les ronces, les griffes et les broussailles, cette odeur de soufre et de tempête. Et cette armée de lutteurs qui s’acharnent au-dessus de la mort...

Nous dansons à présent au bras de l’Amour et de la mort. Entre l’ombre et la douleur. Parmi les visages grimaçant aux limites de la supplication. Avec dans les yeux cette espièglerie de ceux qui savent vivre sans espérance. Soucieux de l’horreur mais impuissants – si impuissants – à égayer davantage que leurs jours...

En définitive, nous n’aurons gagné, après toutes ces luttes et ces épreuves, qu’une ampleur suffisante du regard pour vivre avec moins d’effroi et de désespérance dans cette tristesse commune...